Décidément des flics ripoux, il y en a partout. Après Lyon c’est à Marseille qu’ils se font pincer. Moi, maintenant, je ne fais plus confiance à personne. L’autre jour je vais au commissariat pour porter plainte, on m’avait volé mon pain au chocolat dans la rue.

J’arrive au guichet, le flic me dit :« C’est pour une main courante » je lui réponds : « Non c’est pour un pain au chocolat ».Il me dit : «Oui, mais vous voulez laisser une main courante ».

Têtu le mec !

Je lui répond : « Vous êtes obsédé ou quoi, je ne viens pas parce qu’on m’a peloté, je viens pour un pain au chocolat qu’on m’a chouravé. »

Il me dit : « Oui et vous voulez déposer une main courante ».

Je lui dit : « Puisque vous y tenez , allons y pour une main courante ».

Et là il me répond : « Alors on vous a piqué votre pain au chocolat » !

Je lui ai dit : « faudrait savoir  ! Vous les flics non seulement vous êtes ripoux mais en plus vous êtes bouchés, c’est pas possible.»

Voilà comment je me suis retrouvé au trou pour un pain au chocolat. A l’évidence le flic était complice. Un ripoux. Pas étonnant il y en a partout, vous dis-je!

Comme je manifestais mon mécontentement. il m’a dit : « Porter plainte pour un pain au chocolat, c’est un peu exagéré ».

Vous vous rendez compte ! Le terrorisme est à nos portes et les représentants de la force publique laissent faire. Dans ces conditions, on peut augurer que le vol du pain au chocolat va aller croissant !

Le grand croisé Jean François Copé l’a si bien dit - dans une poignante révélation qui nous a noué la gorge et fait sourdre quelques larmes- : « Si on ne fait rien contre ces petits beurs qui nous ôtent le pain au chocolat de la bouche, bientôt ils vont s’attaquer aux religieuses et nos petits blancs, blonds aux yeux bleus finiront par l’avoir dans le baba."

Quand j’ai expliqué ça au flic ripoux, il en est resté comme deux ronds de flancs. Je voyais bien que mes arguments portaient, que la voix de la sagesse commençait à s’instiller dans son cerveau, à enfiévrer ses neurones si peu souvent sollicitées.

Je le voyais réagir avec enthousiasme à mon idée de créer une brigade spéciale la BDV, brigade de défense de la viennoiserie. Il salivait, je le sentais prêt à répandre la bonne parole, de faire de mes thèses ses propres convictions et de celles de Saint Jean François de Meaux son évangile.

Cette histoire de pain au chocolat avait, en un éclair, imprimé le cortex de ce brave citoyen prêt à en découdre avec les hérétiques en criant : « il faut que vous en pâtissiez. »

L’ennemi était prévenu, cette nouvelle recrue de l’ordre nouveau allait contribuer à ce que les voleurs de pains au chocolat restent dans leurs petits chaussons. Les petits blancs, blonds aux yeux bleus allaient pouvoir désormais, impavides et fiers, déguster leurs "quat’ heures" et ne plus faire une croix sur le pain perdu.

J’avais ainsi déposé une pierre pour renforcer le long chemin vers la vérité tracé par Saint Jean François. Certes, cette croisade, ce n’était pas du gâteau, tant de sirènes subversives et bien pensantes s’évertuaient à psalmodier les louanges de la tolérance et à nous prendre le chou.

Ah ! quel ingrat combat mené par Saint Jean François de Meaux- sur le front de l’attaque sans attaque contre le front- pour la promotion de la différence et le ralliement à sa cause des nostalgiques aux chemises brunes.

Oui d'accord, les pains au chocolat de Jean François le rédempteur sont si indigestes, que les relents qu’il provoquent nous suggèrent ceux d’un mauvais Viennois devenu Bavarois et dont les fours n’étaient pas petits, eux.

Mais attention, ce n’est que le début, je prédit que notre Jean François fera d’autres sorties toutes aussi croustillantes que ce petit pain là, dans sa quête du fauteuil qu'il brigue. Comme il le dit, « je ne lâcherai rien car la situation actuelle, ce n'est pas de la tarte."

En résumé, le petit pain de Jean François c’est en quelque sorte sa madeleine de Proust, il réveille des souvenirs nostalgiques d'un temps où l'on pouvait s'en prendre à un congolais en le traitant de tête de nègre. 

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