Mohammed Al-Ajami, poète Quatari avait été arrêté le 16 novembre 2011 et condamné à la prison à perpétuité pour avoir écrit un poème critiquant le pouvoir et défendant les révolutions du "Printemps arabe". Une Cour d'appel du Qatar, dans sa grande mansuétude, a réduit sa peine à 15 ans de prison ferme, lundi 25 février dernier. 
     
     Certes, bien avant lui et en toute latitude, nombreux sont les poètes ou écrivains qui ont goûté, pour leurs délits de mots, les affres des geôles, voire de l’exécution ; Socrate accusé d'avoir corrompu la jeunesse, de ne pas reconnaître les dieux de la Cité et d'en avoir introduit de nouveaux, Clément Marot coupable de sympathies pour la réforme, Dostoievski pour ses relations avec le mouvement progressiste russe, Oscar Wilde pour homosexualité, Frédérico Garcia Lorca pour son opposition au Franquisme.
Mais, près de trois siècles après  l'embastillement de Voltaire, on pouvait légitimement espérer ces pratiques révolues, c'était sans compter sur le Qatar! Cet émirat d'ordinaire plus préoccupé à éblouir le monde de ses fastes, de sa démesure, de ses folies immobilières mais qui l'aveugle plus qu'il ne l'illumine. Le Qatar prêt à racheter tout Paris après avoir jeté son dévolu sur son équipe de foot, qui débauche nos meilleurs chirurgiens, nos modèles de grandes écoles, nos ingénieurs, oui, le Qatar vient d'accoucher de ce triste verdict. "Vos quelques vers vaudront 15 ans et estimez-vous heureux qu'on vous épargne la décapitation". 
     Le Qatar et ses princes oublient, en piétinant ainsi les droits de l'homme, que lorsque les poètes sont bâillonnés, c’est la liberté qui se tait. 
     Et pendant ce temps, la France aussi se tait. La télé préfère parler de météo, de qui sera pape à la place du pape ou culpabiliser l'automobiliste qui pollue avec son gasoil ...sans d'ailleurs s'étendre sur la vraie question "à qui profite le crime"? Entre autres, au Quatar.
Le silence complice qui a accompagné ce verdict est affligeant, nous aurions tant aimé, après cette décision inique, entendre des voix crier "Touche pas à mon poète".
 
     A en croire cette absence de réactions on peut se poser la question suivante: L'indignation est-elle donc morte avec Stéphane Essel? 
On peut chercher en vain la réaction indignée de tous ceux pour qui les échanges commerciaux s’accompagnent, en principe, de celui des cultures et de la civilisation. Ainsi au moment où l'on apprenait l'emprisonnement de ce poète on nous annonçait que le Qatar réfléchissait en ce moment sur le rachat du magasin "Printemps", lequel, à défaut d’être pour le moment arabe, s’inquiète d’avoir à le devenir...cet hiver.
 « Le poète a toujours raison, qui voit plus haut que l’horizon, et le futur est son royaume », chantait Jean Ferrat. Au Qatar, le poète a toujours raison, s'il dit bien haut avec passion des mots qui flattent bien le trône.
 
     En résumé cette affaire entame sérieusement l’image du Qatar et sa diplomatie de strass et de paillettes, lui qui s’évertue à passer pour une démocratie, et qui se permet de donner des leçons de bonne gouvernance aux autres pays arabes.
     Ainsi, il aura suffi d’un «petit poème» pour mettre à nu le régime de Doha. Tout le«marketing» autour du recrutement de son ambassadeur en crampons, David Beckham, n’occultera pas le verbe libre de cet homme révolté, de cet aède qui a refusé d’être un «poète de cour».   
 
En conclusion, comme l'exprimait si bien Victor Hugo
"Le poète en des jours impies
Vient préparer des jours meilleurs. 
 
Espérons que les écrit d' Al-Adjami en soit le présage, même si en tant que poète
"il est l'homme des utopies
Les pieds ici, les yeux ailleurs."