Suite à une plainte déposée par l'Association Rif des droits humains, basée à Nador au Maroc, un adolescent et de sa petite amie ont été arrêtés jeudi 3 octobre, pour atteinte à la pudeur publique, après avoir posté sur Facebook une photo les montrant en train... de s'embrasser". En attendant leur procès qui doit s'ouvrir vendredi 11, les deux adolescents, qui risquent, selon le code pénal marocain, 2 ans de prison, ont été enfermés dans un centre de détention pour mineurs.

      On croit rêver ou plutôt cauchemarder. Cette association qui outrepasse sa mission originelle motive sa plainte en prétendant avoir, je cite:« le souci de défendre la société contre les dérives morales», et précise que «l’acte commis est une atteinte à la pudeur et menace notre société en touchant les fondements de notre éducation et de notre enseignement». Depuis la mobilisation a été intense, en particulier sur les réseaux sociaux, et cette vague d'indignation soulevée par leur arrestation a manifestement convaincu le procureur du roi qu'il était allé sans doute un peu loin. Lundi, il a accédé à leur demande de libération provisoire.

      En attendant, Mouhsin, Raja et Oussama seront jugés vendredi au tribunal de première instance de Nador. Plusieurs associations marocaines des droits de l’homme prévoient déjà de venir s’embrasser à l’heure du jugement, pour réclamer leur relaxe. Et, samedi, plusieurs militants des libertés publiques se rassembleront devant le Parlement de Rabat pour une autre séance de baisers publics. 

Tout ça pour un baiser. Doineau pour son cliché éponyme ou Brassens pour avoir délicieusement conté ce qui se passe sur les bancs publics auraient été enfermés. Ah! qu'aurait dit Rostand qui a placé dans la bouche de Cyrano quelques vers sublimes sur le sujet.

      Ne vous en déplaise, le baiser c'est la plus infime et la plus belle, la plus pure et la plus charmante marque d'amour et de tendresse. Du bout des lèvres une caresse. Un doux papillon qui se pose sur les pétales d'une rose. Ce feu naissant que l'on attise par le soupir de cette bise qui vous emporte et vous embrase. Tendres prémices de l'extase. C'est une douceur, une faveur, un bout de rêve que l'on effleure. C'est un cadeau digne d'un ange, c'est un dialogue sans un mot, rare moment de libre-échange. C'est une fièvre délicieuse, un trouble qui  donne le frisson digne témoin d'une affection. Oui, une fièvre délicieuse mais dont on ne désire pas guérir. 
Un baiser. C'est une ivresse sans alcool. C'est un délire sans parole comme pour retarder l'échéance de voir bientôt s'échapper, beaucoup trop tôt, le verbe aimer, entre ces lèvres, emprisonné.
C'est un fragile instant qui nous chavire, qui nous grise et qui défie le temps qu'un moment il suspend. C'est si léger, si délicat, c'est le velours qui se marie avec la soie. Un baiser, c'est l'amour dans un souffle et un souffle d'amour, le témoin intangible d'une pure intimité puisqu'il n'appartient qu'aux lèvres qu'il aime fusionner.
Eh! oui messieurs les censeurs de tout poil, rivés et assujettis à vos dangereux archaïsmes, ce n'est que ça le baiser.
Ce n'est que ça, mais c'est tout ça et puis bien plus encore. Aucune bannière aucun drapeau, aucune confession aucun hymne, ne pourront l'encadrer, le régenter, le conditionner, l'institutionnaliser. Le baiser vous ne l’empêcherez pas, vous ne l’empêcherez jamais ...de voler.