Vivement que Janvier se termine , je n'en peux plus. A peine avoir digéré les excès de fin 2012 que la tradition de la galette fait de nouveaux ravages sur mes hanches et mon bedon, au point que je doive désormais compenser avec des soupes au légumes pour éviter que ma balance ne porte plainte pour maltraitance. Bref,  je ne suis pas encore prêt à faire sacrifice de mon corps sur l'autel de la frangipane, même si j'adore ça. Donc, s'il vous plaît, arrêtez de m'inviter à votre galette. C'est vrai que ça permet de faire une invitation au rabais, à 17 heure, en faisant l'économie d'un repas complet avec des gens que vous n'appréciez qu'à moitié à qui vous servirez du cidre qui est moins cher que le vin, mais je n'en peux plus. Alors de grâce, pour ne pas dire de graisse, oubliez moi jusqu'à fin Janvier.

Et puis entre nous, sacrifier à une tradition qui en réfère au rois mages dans un pays qui a guillotiné le dernier de nos bourbon empéruqué, avouez qu'on perd la tête à notre tour! 
Tout ça pour dire que dimanche dernier, nous étions réunis pour cette occasion solennelle, chez des amis (qui ne le resteront pas s'il écoutent cette rubrique) et  nous n'avions tous d'yeux que pour elle; Bien ronde et à l'odeur caractéristique (je ne parle pas de la maîtresse de maison), non je parle bien entendu de la galette des rois. Une galette d'un diamètre plus que raisonnable, et dont les renflements suggestifs nous laissaient préjuger la présence d'une épaisse couche de crème pâtissière à base de poudre d'amande. Bonne pâte, je me portais volontaire pour aller sous la table afin de choisir la destination des parts qui allaient être découpées (c'est une coutume bizarre qui ne doit pas être universellement pratiquée). Néanmoins, ce rituel constitue une charge délicate, puisqu'il faut se souvenir des prénoms des invités, et en la circonstance, je ne les connaissais, pour la plupart, que depuis une heure. Je n'étais donc, en dépit de ma louable intention de rendre service, pas plus vernis que certaines chaussures que j'avais désormais sous le nez. Je commençais donc à énumérer les noms pour la distribution, tout en essayant de détourner mon regard d'une jupe sous laquelle sa propriétaire ne croisait pas les jambes, autant dire que je jouissais... d'une position plus qu'inconfortable.

 C'est alors que tout semblait se dérouler normalement, que le pied d'un des convives se souleva pour aller saluer l'entrejambe de la dame à la jupe et accrocha le porte jarretelle qui fut malencontreusement « déclipé » ( je n'ose gager que la réussite de cette manœuvre ne soit pas fortuite). Et c'est ainsi que le bas chut en bas des chevilles. Que faire ? Je voyais désormais la main de la dame tenter de le récupérer, mais la discrétion requise par la manœuvre n'était pas compatible avec l'étendue du défi. J'entrepris donc de l’aider en remontant ledit bas, délicatement, d'abord le long du galbe du mollet, puis jusqu'à mi-cuisse où j'essayais de le recliper, quand d'un mouvement (que j'attribue au réflexe) les doigts de la dame se refermèrent comme un crustacé bivalve sur la pointe du couteau. J'étais pris la main dans ...

                       Au niveau supérieur, sans me laisser de répit, on me réclamait un nom pour l'attribution de la part suivante. Avouez, que la tête inclinée sous la table, sans ménagement pour mes pauvres cervicales, la main confisquée et l'esprit en ébullition, l'effort de concentration était quelque peu perturbé. Ce n’était pas du gâteau ! J'essayais de me souvenir des prénoms des dames présentes pour respecter les conventions de l'élémentaire galanterie. De mémoire il y avait, Jeanne, Elodie, Chantal et puis fanny (évidemment) à qui j'attribuais les premières parts. Quant à la dame à la jupe je ne me souvenais plus de son prénom, jusqu'à ce que l'un des convives me vienne en aide."Il reste Martine" dit-il. "Martine" annonçais-je donc,'espérant que l'augure d'une part de la délicieuse galette allait décontracter la dame et libérer, de fait, ma main prisonnière. Il n'en fut rien. Et c'est à ce moment là, quand je prononçais "Huguette", que le la main du mari et voisin de ma geôlière, s'aventurait pour une caresse toute légitime entre les cuisses de son épouse, et y rencontrait la mienne. Peu après, lorsque je me relevais du dessous de la table, cette main que je venais de serrer en d'improbables circonstances, je la prenais sur la figure.

C'est ainsi, que le lendemain, mon dentiste me posait une couronne qui n'avait rien à voir avec celle des rois.