C'est un triste spectacle qui nous est offert dans l'entre deux tours des élections législatives. Si l'affaire du "Tweet" de Valerie Trierweiler vient bousculer les quilles jusqu'ici bien alignées de la normalité présidentielle, toute énigmatique et personnelle qu'elle soit, elle relègue au second plan l'affaire du "Ni, Ni", beaucoup plus grave, puisqu'elle entérine le rapprochement de la droite dite républicaine à l'extrême droite nationaliste.

 En effet, à l'issue de ce premier tour, tous les responsables de l'UMP de Copé à Morano, de Jupé à Dati se rallient habilement aux thèses nauséabondes d'une blonde plutôt brune, dans un langage à peine codé où les mots de nobles souches sont dès lors galvaudés, humiliés, travestis, au point d'en signifier leur contraire. Ainsi le terme "valeur " se substitue, dans leurs discours, à celui de médiocrité, comme s'efface derrière le mot idéologie celui de compromission et que disparaît derrière les oeillères idéo-pas-logiques la notion d'éthique. Même Nathalie Kosciusko-Morizet qui assumait, l'année dernière, une position ferme dans les rapports avec le FN, adopte désormais une posture de circonstance qu'elle tente maladroitement de justifier par des contorsions rhétoriques affligeantes. Quand à cette chère Nadine, nul besoin de coder son propos ( elle en serait incapable) elle se propose sans retenue de favoriser la saillie entre l'UMP et le FN en déclarant: " j’en appelle directement aux électeurs du Front national. Nous sommes là face à des valeurs, des valeurs portées par un mouvement de pensée, pour lequel nous avons des rapprochements".

La chasse au RMiste, la haine du fonctionnaire, l'exécration de l'étranger et l'idolâtrerie du dieu FRIC deviennent soudain "des valeurs" derrière lesquelles appellent à se regrouper les dirigeants d'une France d'en haut, prête à toute bassesse politicarde pour la préservation de ses intérêts privés.

Ainsi le premier secrétaire du plus grand parti de droite se réclame d'une position courageuse pour  ce second tour, celle du "Ni, Ni". Entendez, Ni FN, Ni PS. Désormais, choisir de ne pas choisir se substitue à tout programme politique digne de ce nom ! Comparer l'incomparable devient ainsi la doctrine de ceux qui prétendent continuer à gouverner comme ils l'ont fait, dans l'injustice, la division et la liquidation des vertus de la république. Toutes les lâchetés, les abandons moraux, les exactions imaginables se justifient donc ainsi, par un court "NI, NI" qui en dit long, un "Ni, Ni" qui nie ce qu'il révèle en filigrane et prépare le nid d'une couvée de vautours.

Le pacte républicain, au nom duquel nombre d'électeurs de gauche se sont ralliés en 2002 pour écarter la menace FN, est oublié par ceux-là même qui l'avaient érigé au rang d'un incontournable impératif.

Que de manoeuvres machiavéliques pour une place sur un banc du palais Bourbon !

Cette position, ni honorable ni flatteuse, ni courageuse ni digne, ni probe ni morale, cache une misérable réalité où les acteurs non-crédibles donnent à la pièce qu'ils interprètent une forme qui ne respecte pas le fond. A ce spectacle, les caméras du grand capital se chargent de donner les couleurs les plus fades, le rendu le plus indigeste possible, pour conduire le peuple à se  recroqueviller devant ses incertitudes en oubliant sa conscience, pour faire l‘amalgame si tentant entre le bon grain et l'ivraie. Dépassé, le bon peuple se réfugie derrière star académie ou dans l'inextricable écheveau de ces évidences proclamées, pour son bien, par les ondes polluées de radios qui cultivent le raccourci en guise d'analyse.

 Ainsi, ces responsables irresponsables, peu scrupuleux, calquent leurs comportements sur les angoisses de ceux qu'ils sont censés administrer, manière ni élégante ni respectable mais oh combien efficace pour garder un siège, quand il ne s'agit pas de le soustraire à l'opposant devenu adversaire. 

Se damner pour mieux gagner, se compromettre pour une place au soleil dans l'illustre assemblée vaut bien, pour ces professionnels du blabla libéral, le sacrifice de l'intelligence sur l'autel de l'ignorance. Utiliser les peurs, détourner les consciences des menaces réelles, voilà les techniques pernicieuses qui se répandent pour soustraire aux Français la légitime aspiration de vivre autrement, pour donner un autre sens à la vie que celui dicté par l'esprit de rentabilité.

 Soyons vigilants, c'est avant tout en chacun de nous que se cache l'ennemi, dans la dangereuse tentation de fermer les yeux, de vivre dans la peur, de s'éloigner de l'essentiel et succomber aux voix envoûtantes des Sirènes de l'égoïsme ou du sauve qui peut.

Décidément, comme l'a dit en son temps Bertold Brecht "Le ventre est encore fécond, d'où a surgi la bête immonde."