Soulager une envie pressante, dans notre pays, devient un véritable défi. Les vespasiennes ont disparu, les toilettes publiques n’existent plus que dans certains village de France profonde, et en ville, elles ont été remplacées par des cabines automatiques. Vous savez, ces cabines qui vous réclament la pièce que vous n’avez pas et dont l’absence au fond de votre poche contribue, en la cherchant désespérément, à augmenter votre douleur à réprimer ladite envie. Alors comment faire ?

Première solution : Si vous avez la chance d’être à proximité d’une boulangerie, vous pouvez aller y faire la monnaie requise, en achetant une demi-baguette(ça peut marcher aussi avec un croissant).

Or donc, muni désormais de votre sésame, vous revenez à la cabine qui est malheureusement désormais occupée. Il ne vous reste plus qu’à patienter sans obéir à l’écriteau où est inscrit « pousser fort » bizarrement apposé à l’extérieur des WC !

Voilà, la place est enfin libre, si vous parvenez à entrer dans cette merveille de technologie, condition qui n’est pas superfétatoire compte-tenu de la complexité du mode d’emploi, il ne vous reste plus qu’à prier qu’aucune défaillance ne survienne, puisque la cabine offre la particularité de se transformer en douche, pour un nettoyage, dès que le plancher est libéré du poids de l’occupant ( problème de résistance). Je ne conseille donc pas ce type d’équipement aux anorexiques ou aux enfants de moins de 20 kilos, pas plus que je ne conseille à quiconque de danser d’un pied sur l’autre en se déboutonnant la braguette, même dans le cas de l’imminence de la plus désirée des délivrances. Sans compter que se déboutonner avec une demi-baguette sous le bras n’est pas aisé. (les concepteurs toujours aux antipodes de nos préoccupations quotidiennes, ne les ayant pas équipées de panières).

Coût du pipi 1 euro cinquante, pain compris. ( 2 euros en prenant l’option croissant)

Seconde solution : Vous avez de la monnaie, mais vous êtes radin,ou vous n’en avez pas et il n’y a pas de boulangerie à proximité.

Vous décidez donc de vous faufiler entre deux véhicules en stationnement. (Dans ce cas précis, les modèles ont une certaine importance. Préférez les monospaces aux voiturettes).

Pour ce faire, commencez à surveiller le trottoir, des deux côtés, et au moment propice (avec un c), en ayant préalablement pris la précaution de défaire deux ou trois boutons ( à voir selon le cas), vous vous glissez rapidement entre les deux véhicules pour votre petite affaire. Attention néanmoins, de ne pas vous retrouver nez à nez (façon de parler) avec une pervenche égarée, en train de décorer un pare-brise. Dans ce cas, priez qu’elle n’ait pas eu le temps de baisser les yeux avant que vous n’ayez escamoté les pièces à conviction, sous peine de devoir payer une lourde amende pour exhibitionnisme, outrage à agent et délit de fuite ( pour ceux qui n’auraient, malgré tout, pas eu la force de se retenir au dernier moment).

Coût approximatif du pipi 450 euros.

Troisième solution : Vous êtes prévoyant, et la taille de votre vessie est inversement proportionnelle à celle des précautions à prendre. Vous vous munissez donc, en toute circonstance, d’une bouteille vide et d’un journal. Un entonnoir est également conseillé et je ne pense pas exclusivement aux filles. Quand l’envie survient ou tout du moins devient irrépressible, vous vous asseyez tranquillement sur un banc public, voire dans un abri de bus. Vous ouvrez le journal devant vous et vous urinez dans la bouteille qui est coincée entre vos genoux ( étant donné que vos mains tiennent le journal). Si le bus arrive à ce moment là et que le chauffeur Klaxonne, dites-lui « J’attends le suivant ». S’il vous répond « c’est le dernier » dites-lui péremptoirement « c’est pas vos affaires », ou encore, « j’en ai rien à secouer » ( même si ce n’est pas de circonstance, reconnaissons-le).

Attention : cette solution apparemment idéale est malheureusement obérée d’une limite non négligeable, puisqu’il vous faut ensuite vous débarrasser soit de la bouteille, soit de son contenu. Les ultra-prévoyants ou les anxieux choisiront la seconde option, nous allons donc l’étudier.

Examen du cas de figure « se délester du contenu » : Vous repérez une bouche d’égout et vous décidez d’y vider le liquide embarrassant.

            Risque 1 : Un écologiste vous surprend la main dans l’égout et vous interpelle.

            Option 1 du risque 1 : Il se contente d’une leçon de morale et entreprend de vous raconter ce qu’il a retenu de la dernière conférence sur le réchauffement de la planète et la pollution de la nappe phréatique avant de vous vendre une carte d’adhérent.

Coût du pipi, environ 15 euros (selon le parti).

Option 2 du risque 1 : Le personnage est moins conciliant, et il vous demande d’arrêter immédiatement et de boire le reste de votre bouteille de jus de pomme, sous peine de vous casser la figure, en criant au gâchis et en vous culpabilisant en regard des peuples victimes de la sécheresse.

Coût du pipi , variable, selon barème de la SS et niveau de remboursement de votre mutuelle.

Risque 2 : Un agent des services de l’équipement, bureau de l’assainissement vient à passer par là.

Option 1 du risque 2 : Il vous somme d’aller récupérer l’objet du délit et reste obtus à vos tentatives d’explications relatives aux propriétés de dilution et de mixtion des liquides.

Coût du pipi , revenir à l’option 2 du risque 1.

Option 2 du risque 2 : Vous tombez sur un fonctionnaire peu zélé, de surcroît en récupération de RTT. Il ne s’intéresse pas à ce que vous faites, et vous vous en tirez sans frais.

Option 3 du risque 2: Le fonctionnaire est aussi rigoureux que celui de la première option mais pour vous en débarrasser, vous proposez de lui verser (en plus de ce qui est reproché) un pot de vin en échange de son silence.

Soit il accepte et le pipi vous coûtera environ l’équivalent de deux heures supplémentaires.(fonction du statut et du grade de l’agent).

Soit il refuse et prend à témoin un passant pour constater la tentative de corruption de fonctionnaire. Coût du pipi 500 euros et 2 mois de prison avec sursis.

Quatrième solution : Vous entrez dans un bar, vous prenez un café, vous profitez des toilettes. Mais dans ce cas, les propriétés diurétiques du café vous conduiront à ré-examiner très bientôt, en fonction du besoin, une des trois solutions susnommées. Ce qui ne devrait pas poser de problème, à condition de ne pas avoir payé le café avec le restant de votre monnaie !