Nous voici au mois de juin et pour aider tous les étudiants qui recherchent un stage ou un travail, je vais essayer de prodiguer quelques conseils pour la rédaction oh ! combien délicate, fastidieuse, barbante, de la fameuse lettre de motivation. Oui, je vous l’accorde, rédiger une lettre de motivation, quelle connerie ! quel temps perdu ! Que de neurones sollicités pour tenter de vendre au mieux l’expérience que vous n’avez pas, l’envie de travailler qui ne vous a jamais intéressé autant que vous allez devoir le dire.

 Alors suivez mes conseils pour rédiger votre lettre.

 Tout d’abord, pour particulariser votre candidature, procurez-vous un maximum d’informations sur l’entreprise à laquelle vous vous adressez. Mais ne faites pas d’impair du genre « Je serais très heureux d’offrir mon savoir faire à votre société Jacob Delafond, d’autant qu’il me semble y avoir pas mal de débouchés dans le secteur comme on me l’a dit au cabinet …de recrutement. Cet emploi me permettrait, en outre, de me remettre en selles ». (sans S à selle). Autre exemple, si l’offre d’emploi émane de Wonder ne dites pas « Je viens tout juste de sortir de l’école d’ingénieur, c’est dire si je suis branché et cet emploi chez Wonderl tomberait pile » J’ai beaucoup de capacités et un gros potentiel. Tenez-moi au courant ». Les recruteurs n’ayant aucun sens de l’humour, proscrivez les jeux de mots, prendre des libertés avec la langue française, c’est déjà une marque d’indiscipline et dieu sait si les employeurs aiment sacrifier l’intelligence sur l’autel de la soumission. Choisissez donc une formule simple.

 

  Après ces quelques conseils généraux, passons aux formules d’introduction ? Vous pouvez dire « Votre annonce a retenu mon attention » mais surtout pas « vous avez de la chance, à rien près je passais à côté de votre annonce. Il est vrai que c’était la plus petite de la page 8 de « l’usine nouvelle ». J’espère que cela n’augure pas de la santé peu florissante de vos comptes et que vous ne traitez pas aussi chichement les dépenses et les salaires. »

         Dans une lettre de motivation, il faut impérativement formuler vos atouts . Il est inutile cependant de rentrer dans des considérations du genre : « Je mesure un mètre cinquante, je me tiens donc debout derrière mon bureau et en m’embauchant vous ferez l’économie d’une chaise et chacun sait qu’il n’y a pas de petites économies. » Ou encore, ce qui est guère mieux : « Je ne connais pas la société PSA, mais je suis certain que mes différents stages dans la construction navale constituent un réel potentiel dont vous ne ferez pas l’erreur de vous passer. J’ai notamment participé à la mise au point du catamaran « Couscous Garbit » dont le démâtage prématuré au sortir du port de La Rochelle n’a pas permis à celui-ci de continuer la route du Rhum. » En plus si vous écrivez ROM, je crains que la corbeille soit la seule destination de votre prose.  Car l’orthographe, inutile de le préciser, est une des conditions essentielle, je dirais même consubstantielle de la lettre de motivation. D’autant que la lette doit être manuscrite et que vous n’aurez recours à aucun correcteur automatique. 

Je reconnais que la langue française est complexe. J’en suis d’ailleurs une de ses victimes. Une certaine absence de logique, notamment concernant les dédoublements de consonnes, me désarçonne souvent. Par exemple, je comprends qu’on ne mette qu’un seul D à coudre c’est plus pratique, en revanche j’aurais mis deux LL à poule.

 Après cette petite digression, revenons à notre lettre de motivation et abordons maintenant le problème du style. Essayez d’être percutant et concis. Mais pas trop quand même. Par exemple si l’annonce est rédigée en abréviations du genre : « Rech cadre com pour dir équipe dyn » ne répondez pas en style SMS. « OK pour Job, MDR » Même si par MDR vous entendez « Mes Distinctions Respectueuses ». Il peut y avoir confusion.

 Pour vous mettre en valeur, soyez franc, les employeurs y seront sensibles. Mais n’étalez pas les détails qui tuent, du genre : « Je ne bois plus, je ne me drogue plus et je retrouve peu à peu l’essentiel de mes facultés intellectuelles. Si ma candidature retient toute votre attention, adressez votre réponse au centre régional de désintoxication dont l’adresse suit ».

 Le Vocabulaire utilisé est un des critère déterminant d’une bonne lettre de motivation. Il faut donc parler le langage correspondant à l’emploi sollicité. Cependant à l’annonce suivante rédigée dans un langage branché : « recherchons jeunes gens modernes et dynamiques pour intégrer une « task force » chargée du développement…ect ect. » ne pas répondre ainsi «  « Je sens que ça va l’faire. J’ai terminé deuxième du championnat de France de freestyle avec un run de ouf. C’est dire que j’ai une pèche d’enfer. Vous pouvez donc m’embaucher les yeux fermés, d’autant plus les yeux fermés que mon look peut vous déplaire, mais on s’y fait ».

         A l’annonce : « Recherchons chargé de prévention en risque industriel » ne répondez pas « Ne vous inquiétez pas, ce n’est pas moi qui risque d’avoir un accident de travail ».

 Dans vos lettres de motivation n’utilisez jamais de mots dont la signification exacte vous échappe, même si vous voulez impressionner le lecteur. C’est vrai que la langue française nous offre un panel assez étendu de mots qui parfois écorchent un peu l’oreille comme : nyctalope, abscons, purpurin, concubin, concupiscent, cucurbitacée, ongulé, concentrique. CONCENTRIQUE, vous si vous êtes dans la technique, vous êtes plus susceptible de l’employer alors surtout, ne l’écrivez pas en trois mots.

Une lettre de motivation doit toujours être écrite au présent. C’est actuel et de surcroît cela vous évite quelques impairs avec la conjugaison, notamment avec l’utilisation périlleuse du passé simple ou du subjonctif. Il faut faire très attention. Par exemple le verbe allécher au présent ça donne « Vous alléchez » à l’imparfait ça fait « vous alléchiez ». C’est pas très élégant. L’annonce alléchante risque de vous passer sous le nez. De la même façon, si vous postulez pour un emploi dans le ZUP et que l’on vous demande vos rapports avec la hiérarchie attention de ne pas dire « j’optempère » on pourrait vous répondre « et moi j’nique ta mère ».

 

Désormais il vous faut faire une bonne conclusion et si vous avez passé tous les écueils, attention de ne pas tout faire capoter : Choisissez une formule simple du genre : « Très motivé et déterminé à faire valoir mes ambitions, je reste à votre disposition pour vous convaincre du bien-fondé de ma démarche ».

Evitez de dire : « Quand je pense que ce courrier ne sera peut-être même pas lu, il y des moments ou on se demande pourquoi on se casse le cul ».

 

         Si après tous ces conseils éclairés, vous n’arrivez pas à commettre une bonne lettre de motivation, il ne vous reste qu’une solution. Vous pouvez écrire à plusieurs entreprises, ceci :«  Monsieur le directeur des relations humaines, j’ai rédigé une lettre de motivation exemplaire dont le contenu et le style auront, j’en suis certain, retenu votre attention, tant les arguments que j’y développais, relatant les étapes brillantes de mon parcours prestigieux, étaient à la fois concrets, lucides et adaptés au poste à pourvoir. Cela dit, cette lettre admirable m’a été dérobée et je doute fort qu’elle vous ait été adressée par la personne qui se l’est attribuée. En conséquence, si vous recevez cette lettre originale et bien supérieure à celles qui vous échoient d’ordinaire, vous voudrez bien m’en restituer la paternité surtout si elle retient toute votre attention. Je vous laisse mes coordonnées ci-dessous pour que vous puissiez rectifier celles apposées, de façon fourbe et déloyale, sur la lettre en question.»

PS : Si malgré la qualité de la lettre en question, vous avez déjà attribué le poste à pourvoir, pouvez-vous me la renvoyer à cette adresse. Merci.

Voilà, désormais que les secrets d’une bonne lettre de motivation vous ont été dévoilés, je pense, si ce n’est déjà fait, que vous avez toutes les armes pour trouver un bon travail. Bonne chance à tous et merci de m’avoir supporté.