Comment tout résumer en un petit poème
Pour un si long passé, ça peut poser problème !
D’une dame, comment, faire un panégyrique,
Sans jamais dévoiler le chiffre fatidique !
L’art est si délicat de réprimer ses mots
Lorsqu’un seul d’entre eux ternirait le propos.
Il suffit de clamer pour saboter l’hommage
Joyeux anniversaire et puis …divulguer l’age.

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Si je disais… voyons…
« Madame vous avez, malgré le poids des ans,
Relégué au lointain les outrages du temps »

Le poids !
Je ne sais si le mot est bien de circonstance
Il vaut mieux l’éluder, il évoque balance
Et on ne sait jamais, si cette taille fine
N’est pas le fruit d’un gros sacrifice au régime.
Reprenons

« Madame vous avez, malgré tous ces printemps
quelques printemps,
Relégué au lointain les outrages du temps »

Ça fait toujours plaisir et on n’est pas sensé
Connaître l’étendue du budget consacré
En crèmes et en produits que l’on dit, cosmétiques,
Dont le montant parfois peut être astronomique,

Participant, ainsi, au fait que l’Oréal,
Soit aussi bien coté à l’internationale !
(Mais comme disent certains
C’est parce qu’elle le vaut bien !)
Mais je digresse un peu,
Ne voyez dans ce mot, pas d ingrate allusion…
Je disais donc…avant l’utile précision.

« Madame vous avez, malgré quelques printemps,
Relégué au lointain les outrages du temps,
Et pour vous ce n’est pas gageure délicate,
De le défier ainsi… Votre jeunesse épate !
D’évidence, en tout cas, vous êtes encore verte
Et dans certain domaine, sans doute très experte ! »

Là, je crains d’attirer les foudres du copain
Qui peut penser qu’elle cache un passé libertin,
Et croire que sa femme a la réputation
Que seule a prodigué mon imagination !
Il faut rayer ces mots, chercher une autre rime
Vanter son dynamisme et sa radieuse mine
Glisser resplendissante ou encore splendide
Et comparer sa robe à une chrysalide,
Et même si elle est, ce soir, en pantalon
On peut faire référence à une autre occasion.

Mais gare à ne pas faire ainsi quelques jalouses
À commencer d’ailleurs…par ma charmante épouse !
Sans compter les nombreuses dames ici présentes
Qui font de gros efforts pour être sémillante.
Reprenons en corrigeant ainsi

« Madame vous avez, malgré quelques printemps,
Relégué au lointain les outrages du temps,
Et pour vous ce n’est pas gageure délicate,
De le défier ainsi… votre jeunesse épate !
Je vous trouve radieuse et très resplendissante,
Auriez-vous vingt-cinq ans ou en auriez-vous trente ?
Est-ce le dynamisme qui en est la cause,
Vous, dont l’activité jamais ne mène aux pauses! » 

Oh! ça y est j'ai gaffé, d'un redoutable impair

elle va croire "il me traite désormais en grand-mère"!

Oublions ce faux pas mieux vaut battre en retraite
Retraite !

Encore un interdit, je m’enfonce, m’empêtre.
Ce discours évolue en terrible calvaire
Tout ça pour souhaiter un bon anniversaire!
Et de surcroît le faire en mode alexandrin
Qui feraient s’esclaffer Jean-Baptiste Pocquelin !
Mais alors que dire de très intéressant ?
Sinon banalités, sinon parler du temps,
Outre qu’il faille alors, préciser « Météo»,
Si de celui qui coule il faut taire le mot !
Allez ! Dernier effort avant la conclusion,
(Cet exploit vaudra bien quelques acclamations !)
Où-donc en étions-nous ? Reprenons du début
S’il vous vient des idées, elles sont les bienvenues.

« Madame vous avez, malgré quelques printemps,
Relégué au lointain les outrages du temps,
Et pour vous ce n’est pas gageure délicate,
De le défier ainsi… votre jeunesse épate !
Je vous trouve radieuse et très resplendissante,
Auriez-vous vingt cinq ans ou en auriez-vous trente ?
Sur vous, à l’évidence, il faut le dire, enfin,
L’éternel diamant envierait son écrin,
Et s’il fallait élire Miss Europ’ maintenant
Vous seriez déclarée reine d’un continent. »

Un continent !!!
L’expression, à notre age, a une consonance
Qui, outre qu’elle n’est pas d’une extrême élégance
Peut nous faire évoquer les pertes urinaires.
Abandonnons ceci et reprenons ces vers.
(J’en demande pardon aux amis, aux copains,
Mais je ne peux tenter, même en alexandrin,
Prendre le risque idiot de froisser l’honorée.

Le secret médical doit être préservé.
Soyons donc discret et passons à la suite,
Trop grave est le sujet, pour tolérer des fuites.)
On reprend

« Madame vous avez, malgré quelques printemps,
Relégué au lointain les outrages du temps,
Et pour vous ce n’est pas gageure délicate,
De le défier ainsi… votre jeunesse épate !
Je vous trouve radieuse et très resplendissante,
Auriez-vous vingt cinq ans ou en auriez-vous trente ?
Sur vous, à l’évidence, il faut le dire, enfin,
L’éternel diamant envierait son écrin,
En prouvant que nous sommes inégaux devant l’age
Vous êtes, de jouvence, un heureux témoignage,
Dont l’occurrence, certes, est proche du mystère,
Que médecine, hélas, en aucun cas génère ! »

Ah ! non ce n’est pas vrai, j’étais si près du but,
Mais trois mots associés ont aggravé la chute,
Comment vais-je en sortir ? j’accumule les bourdes,
Je n’ai qu’à espérer qu’elle soit un peu sourde,
Mais je ne peux pas gager sur la diminution
De toute faculté normale d’audition.
Où me suis-je embarqué pour faire quelques vers ?
Oh ! C’eut été si simple…avec une centenaire !