« Maintenant que tu as le temps, pourquoi ne ferais-tu pas du vélo avec nous ? Tu verras, le mardi après midi c’est sympa, ça roule doucement et tu verras bien si ça te plait. » Voilà comment mon copain Francis, souverain de la petite reine, m’a convaincu de refaire de l’exercice.

Peu de temps après je me retrouvais donc dans un peloton de cyclistes suréquipés aux matériels rutilants et aux tenues dignes de pros. Inutile de dire que je ne passais pas inaperçu avec mon vélo tout terrain, mes baskets et mon Kway ! Avec mon VTT trop lourd, et aussi rouillé que mes jambes, j’avais un peu de mal à suivre, malgré l’allure modérée.

Le mardi suivant, Francis me prêtait un vélo digne de ce nom, et compte tenu de sa légèreté je me suis dit : « je vais rouler comme un champion. On va m’appeler Legstrong. »

Je bloquais donc les chaussures spéciales dans des espèces de pédales bizarres et nous voilà partis pour mes premiers exploits. Au premier feu rouge, impossible de décrocher les pédales en question et de mettre pied à terre, je redonnais donc un petit coup pour ne pas chuter et je tournais à droite, la seule échappatoire possible. ça commençait fort ! Surtout que tout le monde était parti à gauche.

J’essayais de me positionner tant bien que mal sur la machine (c’est le nom que l’on donne au vélo quand on en connaît un rayon) mais au bout de cinq kilomètres, j’avais terriblement mal au testicule gauche. Heureusement après 10 kilomètres, je n’y pensais plus, tellement j’étais obnubilé par mes douleurs aux fesses ! J’avais l’impression d’être assis sur tabouret, mais à l’envers ! Un continuel mal au derrière …sauf à l’arrêt. Mon médecin m’avait pourtant dit : « il faut aller à la selle plus souvent ». Je comprends maintenant !

Plus nous roulions, plus je pensais au chemin qu’il faudrait refaire en sens inverse. Les autres me disaient : « T’inquiètes pas, au retour on aura le vent dans le dos ». Le dos, parlons en, justement : Au vingtième kilomètre, c’est lui qui me faisait le plus souffrir. J’en oubliais mon mal « postérieur » à l’arrière train. Le guidon était réglé trop bas et mes reins refusaient catégoriquement la position qu’il leur infligeait. Puis, ce fut au tour des épaules de me rappeler à leurs bons souvenirs. C’est bien simple l’endroit où j’avais le moins mal, c’était aux jambes !

Dans la douleur je serrais la mâchoire, au moment où Francis me dit, pour "couronner" le tout : « mets une dent de plus » ! Toujours le mot pour rire !

Dans une grimpette, on me conseilla «  mets-toi en danseuse ! » C’est vrai que ça me soulageait le valseur et je comprenais enfin pourquoi on parle de voiture "ballet " !

Je n’avais pas le temps d’admirer le paysage tellement j’étais concentré sur la route. Dans une montée étroite, un camion nous doubla en se rabattant pour éviter une voiture en sens inverse, serré sur le bas côté, j’étais obligé de m’arrêter… mais j’avais les pieds encore rivées aux pédales et n’eut qu’une seule solution, me coucher sur le talus. Tout le monde se marrait. Dans le cyclisme aussi, il y a des railleurs ! Dès lors, je ne cessais plus de surveiller chaque camion, la tête dans le guidon… mais les yeux vers l’essieu.

A la troisième sortie, j’ai fait régler mon guidon, ma selle et mes pédales, j’ai enfilé un collant spécial, bien rembourré à l’entrejambes, très pratique pour le saint siège. Comme dit l’autre c’est une région sacrée ! Je me retrouvais comme en enfance à l’époque des couches culottes. On a beau dire, mais un bon collant de cycliste, c’est le fondement même de la discipline.

Bref, tout ça pour dire que le vélo, ce n’est qu’une histoire de cul !